dimanche 22 janvier 2017

Le lieutenant et la dame blanche - extrait n°4 - Zone libre


Le soulagement fut cependant de courte durée. Malgré le départ des Allemands, vivre en zone libre donnait une fausse impression de liberté. La police et la gendarmerie françaises sous la tutelle de l'Allemagne nazie se firent de plus en plus présentes. La nourriture commença à la fin de l'été 1940 a être réquisitionnée pour l'armée allemande et des cartes de rationnement pour le pain, le fromage et la viande firent leur apparition quelques semaines plus tard. Les affiches antisémites et anti-communistes se multiplièrent. La propagande pour l'Allemagne nazie allait bon train.

Angélique qui s'était prise d'amitié pour la petite Elsa s'en inquiétait. Après le départ des soldats allemands, elle s'était arrangée avec sa mère pour qu'Elsa et ses petits cousins puissent aller à l'école. Elsa y faisait de gros progrès en français. Elle se montrait très assidue et Angélique lui rendait souvent visite le soir pour approfondir son apprentissage de la langue. Les « leçons » se terminaient la plupart du temps par une partie d'échecs. Angélique l'avait initiée à ce jeu dont la petite fille maîtrisa en peu de temps le déplacement des figures. Lors de leur dernière partie, ce ne fut d'ailleurs que de justesse qu'Angélique gagna.

Alors que la jeune fille s'apprêtait à partir après leur partie d'échecs, elle surprit Anita et Mme Armand en pleine discussion dans la cuisine.

« Sara a peur, elle voudrait partir. » dit Anita.

« Et pour aller où ?  Elle a bien dit qu'elle n'a pas d'autres contacts que vous en France ! » s'exclama Madame Armand.

Anita qui avait fini d'éplucher des pommes de terre se tourna pour s'essuyer les mains quand elle aperçut Angélique au coin de la porte. Elle lui fit signe d'entrer.

« Vous allez partir ? » demanda Angélique.

« Marie et moi non, mais Sara a peur. Elle pense que d'ici peu les Juifs seront traités ici comme en Allemagne et en Pologne. D'abord il faudra porter l'étoile jaune, puis on leur prendra tous leurs biens, et à plus long terme on leur fera Dieu sait quoi ! »

« Elle a raison d'avoir peur. Cette zone libre n'est qu'une illusion. Pétain est à la botte des nazis. » interrompit Madame Armand qui mélangeait des légumes à l'aide d'une cuiller en bois dans un faitout.

« Mais où pourraient-elles aller ? » s'interrogea Angélique. L'idée soudaine qu'Elsa pourrait bien partir l'attrista. Avec le temps, la petite fille semblait avoir repris goût à la vie et retrouvé le sourire. Angélique se rendit compte qu'Elsa était devenue pour elle comme une petite sœur.

« Si elles fuient et se font attraper par la police française, il faut s'attendre au pire pour elles vu la tournure que prennent les événements. » reprit Madame Armand.

« Peut-être que la meilleure chose est d'attendre. Si l'antisémitisme s'intensifie, elles peuvent toujours fuir..... » dit Anita à haute voix ses pensées.

« Où se cacher quelque part ! Chez nous, on trouverait sûrement un moyen de les cacher ! » coupa Angélique pleine d'espoir. Plutôt que de fuir dans une direction pour le moins incertaine, il lui paraissait plus sage de cacher Elsa et sa mère. Angélique était sûre qu'en cas de besoin, elle trouverait une cachette adéquate.