mardi 17 janvier 2017

Le lieutenant et la dame blanche - extrait n°3 - Passage de troupes


Angélique salua les enfants et les femmes puis se dirigea vers la porte. Elle sortit de l'appartement et descendit l'escalier menant à l'épicerie. Une fois à l'extérieur elle remarqua que d'autres habitants sortaient également des maisons en s'exclamant :

« Mais qu'allons-nous devenir ?! » « Ah, ces sales Boches ! » « Comment osent-ils ? ». Angélique qui était déjà sonnée par ce qu'elle venait de voir préféra s'éloigner rapidement du brouhaha et se rendit à l'école. Elle poussa la porte vitrée, espérant y trouver sa mère. La salle de classe était vide. Sa mère aura certainement renvoyé les élèves chez eux après le message du maire. Elle prit donc le même chemin que les Allemands quelques minutes auparavant pour se diriger vers la forêt. A la sortie du village, confrontée au silence, elle pressa le pas. Environ à mi-chemin, elle entendit un bruit de moteur s'approcher. Paniquée, elle se jeta sur le bas côté et se cacha derrière un arbre. Deux soldats allemands en side-car passèrent à quelques dizaines de centimètres d'elle. Son cœur battait à tout rompre. Angélique eut peur que les motards puissent en entendre les battements affolés. Alors qu'ils s'éloignaient, elle préféra reprendre son chemin à l'intérieur de la forêt en évitant la route. Sage décision car elle entendit à plusieurs reprises des véhicules motorisés passer par petits groupes suivis de fantassins. Elle fut soulagée quand la maison s'offrit enfin à sa vue en atteignant le haut de la colline à l'endroit où la forêt s'achevait. N'y tenant plus, elle courut jusqu'à elle. Elle ouvrit la porte si sauvagement que celle-ci claqua contre le mur. Sa mère et sa grand-mère l'observèrent, stupéfaites.

« Maman, tu es déjà là ! » s'écria la jeune fille en se dirigeant vers sa mère pour se jeter dans ses bras.

« Comme tu vois, j'ai renvoyé les élèves après l'annonce du maire et suis revenue tout de suite. Mais toi, où étais-tu ? J'ai eu si peur quand j'ai entendu les bombardements ! » répondit-elle en refermant les bras sur sa fille.

« J'étais chez Madame Armand. »

« Mais tu as l'air bouleversée, les Allemands sont-ils déjà dans le village ? » s'enquit Joséphine.

« Oui, enfin non. Des troupes n'ont fait que passer. Un officier nous a informés que nous sommes vaincus et qu'ils seront demain à Lyon et la semaine prochaine à Marseille. » ajouta la jeune fille.

Elle vit sa grand-mère blêmir et se laisser tomber sur une chaise.

« Ça va être l'horreur ! Ça recommence ! Encore ces Fritz de malheur ! Comme si ça n'avait pas suffit qu'ils me prennent mon Eugène pendant la grande guerre ! » se lamenta Marie-Jeanne.

Joséphine s'approcha de la vieille dame et lui posa la main sur l'épaule. Eugène, le père de Robert avait succombé lors de la bataille de la Somme en 1916.

« Restons calmes. Si nous sommes vaincus, ils ne vont quand même pas nous fusiller! Il ne reste plus qu'à attendre et voir à quel genre de vainqueurs nous avons à faire. » ajouta Joséphine d'un air résigné.